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Liban: manifestation contre d'humiliants tests d'homosexualité


11/08/2012 - Des dizaines de personnes ont manifesté samedi devant un tribunal de Beyrouth pour protester contre le recours à un "test" anal pour les hommes soupçonnés d'être homosexuels, une orientation sexuelle illégale dans ce petit pays arabe.
Ce rassemblement fait suite à une opération menée le 28 juillet dans un gay d'un quartier populaire de la capitale libanaise, au de laquelle 36 hommes ont été arrêtés et forcés à subir de tels tests, sous prétexte d'établir leur orientation sexuelle.

L'association Helem, basée au Liban, considérée comme la plus importante association arabe de défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, avait lancé un appel à manifester pour rejeter "le test de la honte, vaginal ou anal".
Elle exprimait ainsi sa solidarité avec les femmes soumises à de soi-disant "test de virginité".
"Nous voulons une déclaration claire du ministre de la pour dire que ce type de test doit être complètement interdit et puni par la loi", a indiqué un manifestant, George Azzi.
"Le Conseil des médecins a déclaré que ces tests n'avaient aucune valeur scientifique et il est illégal pour les docteurs de mener ce genre de test, mais rien n'empêche la police de continuer à les réclamer", a-t-il souligné.
Les manifestants arboraient des banderoles condamnant notamment "le viol médico-légal". "Honorable ministre, avant de tester mon anus, ayez au moins l'amabilité de m'inviter à dîner", ironisait une pancarte.
Selon l'article 534 du code pénal libanais les relations sexuelles "contre les lois de la nature" sont illégales, et les contrevenants encourent jusqu'à un an de prison.
AFP

Hépatites et ramadan 2012 : mode d’emploi

16/07/2012 -
Un tiers des 5 à 6 millions de musulmans vivant en France vont faire le ramadan du 20 juillet au 19 août.


Le ramadan impose de ne pas manger, boire et fumer de l’aube au coucher du soleil.

Pour un certain nombre de personnes malades, qui souffrent par exemple d’une hépatite chronique, la prise d’un traitement quotidien peut s’avérer difficile.

Les conseils du docteur Assia Djender, experte médicale à Hépatites Info Service, au micro de SIS Radio.

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"Je suis parti pour sauver ma vie"

12/07/2012 - De nombreux homosexuels sénégalais ont été victimes de harcèlement et de violences au cours des dernières années. Certains ont été condamnés à des peines d’emprisonnement. Pour pouvoir vivre leur sexualité sans crainte quotidienne, des homosexuels se sont résolus à quitter le Sénégal à l’image de Mouhamadou Moustapha, 20 ans, qui a accepté que Ligne Azur publie son témoignage.

***

Je m’appelle Mouhamadou Moustapha. Je suis né le 24 mai 1992 à Dakar.

A l’âge de 9 ans, pendant les vacances scolaires, j’ai eu un accident près de chez moi. Un camion-remorque m’a heurté et m’a traîné sur plusieurs mètres. Ma jambe gauche a été broyée et il n’y a pas eu d’autre solution que de m’amputer au-dessus du genou pour me sauver la vie.

Je suis resté 7 mois à l’hôpital de fin juillet 2001 à février 2002. Après avoir reçu ma première prothèse, j’ai pu remarcher et l’année suivante ma mère m’a inscrit dans une école pour personnes handicapées où j’ai continué mes études en classe de CE2.

Plus tard ma famille et moi sommes partis vivre dans la banlieue de Dakar.

Durant l’année 2007, j’ai eu un ami, Papis, qui était un peu plus âgé que moi. J’allais souvent le voir à son domicile quand je finissais mes cours ou que je n’avais pas classe. C’est avec cet ami que j’ai découvert mon homosexualité.

Auparavant je n’avais jamais fréquenté les filles ni eu de petite amie. Je me disais que jamais une fille ne voudrait sortir avec une personne ayant une jambe en moins. Du coup je n’y pensais même pas.
Un jour, je me suis retrouvé dans la chambre de Papis. Il était très affectueux avec moi et très gentil. On parlait, rigolait, jouait, jusqu’au moment où nous nous sommes retrouvés nus en train de jouer avec nos sexes et nous embrasser.

Il m’a expliqué après qu’il ne fallait jamais parler de cela à quiconque.

Moi, je ne trouvais rien de mal à cela. Je ne comprenais pas pourquoi il avait si peur que j’en parle.

Après ce jour, on s’est revus plus souvent. Nous avons eu beaucoup de relations communes et nous nous sommes donnés beaucoup de plaisir. Avec lui, j’ai ressenti mes premiers sentiments. J’ai compris ce que ça faisait quand une personne que vous aimez vous manque ou que vous avez envie d’être près d’elle. Il me disait souvent qu’il me trouvait beau et très intelligent, que je pouvais avoir beaucoup de choses dans la vie avec un peu d’aide. J’ai mieux compris ce qu’était l’homosexualité. Il m’a fait connaitre quelques homosexuels qui venaient lui rendre visite ou que l’on croisait dans les rues de Dakar.

Nous, les homos, nous nous faisons souvent insulter dans la rue, agresser, parfois torturer car le Sénégal n’accepte pas les homosexuels et tout ce qui touche à eux. Certaines personnes disent qu’elles n’emprunteront jamais la même route qu’un homosexuel…

Papis m’a toujours dit de rester le plus discret possible et de ne parler de mon homosexualité à personne.

Un jour alors que nous étions dans la chambre de Papis, une de ses cousines nous a surpris. Elle s’est mise à crier puis est partie en courant. Papis a paniqué. Il a dit que nous étions “dans la merde” si jamais elle parlait à quelqu’un. Après cela je suis rentré chez mes parents. Tout s’est bien passé. Mes parents ne savaient rien.

Mais une semaine après, mon père m’a appelé à mon retour du lycée. Il m’a demandé si je fréquentais toujours notre ancien quartier et si je voyais un certain Papis. J’ai alors compris qu’on lui avait dit des trucs. J’ai eu peur et j’ai répondu non pour ne pas avoir une mauvaise image devant eux.

Malgré mon démenti, il m’a traité de menteur. Même mon grand frère m’a insulté et battu tout en me traitant d’handicapé et d’homosexuel (Lafagn goor djiguene en wolof). Ma mère a eu une discussion avec moi et m’a dit : "Comme si le fait d’être un handicapé ne te suffisait pas, maintenant tu fréquentes des homosexuels".

Deux semaines après j’ai revu Papis. Il est venu me chercher à la fin de mes cours dans mon lycée et on s’est parlé. Je lui ai expliqué le problème. Il m’a dit qu’il savait que sa cousine avait commencé à parler autour d’elle. C’est à cause de cela que mes parents ont été mis au courant. C’est ce qu’il craignait. Alors il m’a dit que nous devions cesser de nous voir pendant un moment pour ne pas avoir de problèmes.

J’ai accepté car depuis le jour où mon père m’a parlé, je n’ai plus été considéré pareil à la maison. Personne ne s’intéressait à moi. Ma mère qui me donnait de l’argent tous les jours pour aller à l’école et manger ne m’en donnait plus que pour le transport. Pour les repas, elle me disait de me débrouiller car elle ne voulait pas nourrir un enfant qui fréquente des homosexuels et qui est considéré comme un des leurs par les gens.

J’ai eu beau nier en disant que les gens mentaient mais personne ne m’écoutait. Au bout de quelques semaines, Papis m’a demandé de venir le retrouver chez un ami. Je l’ai fait car j’avais besoin de le voir et de parler à quelqu’un car je ne me sentais vraiment pas bien.

Mis à la porte de chez mes parents

Papis et moi nous nous sommes retrouvés chez son ami qui est lui aussi homosexuel. Celui-ci m’a demandé comment ça se passait chez moi. Je lui ai dit que ça allait de mal en pis, que je n’étais plus désiré dans ma famille.

Quelques mois plus tard, pendant les fêtes de la fin de l’année 2010, cet ami m’a proposé de participer à une fête qu’il organisait chez lui avec quelques amis homosexuels.

Je suis allé à cette fête et tout s’est bien déroulé. Nous avons passé une bonne soirée. Vers 4 h du matin, j’ai décidé de rentrer chez moi. Un garçon en a profité pour repartir avec moi car il habitait près de l’arrêt de bus où je me rendais pour repartir chez mes parents.

Après avoir marché une centaine de mètres, des gens ont reconnu le garçon et ont commencé à l’insulter puis à s’approcher de nous. Ils nous ont craché dessus et frappé. Moi il m’ont poussé par terre, piétiné et traîné jusqu’à me blesser à la jambe.

Le lendemain de cette histoire, quand je me suis réveillé, mon grand frère m’a dit qu’il ne dormirait plus dans la même chambre que moi. Il a commencé à m’insulter et à me traiter de tous les noms malgré mon handicap. Quand il a essayé de me frapper, j’ai réussi à le mettre par terre. Je le dominais lorsque ma mère s’est interposée. Alors mon père est sorti de sa chambre et m’a demandé de prendre mes affaires et de quitter la maison. Il a dit que je lui faisais honte, que je n’avais qu’à aller vivre avec les homos puisque j’en étais un.

Je n’ai même pas pu prendre tout mes habits. J’en ai juste pris quelques-uns et je suis allé chez ma grand-mère dans la banlieue de Dakar croyant pouvoir y trouver la paix. Ma grand-mère ne m’a jamais maltraité ou fait des reproches au moment où tout le monde m’en faisait. Quand je suis arrivé chez elle, elle m’a demandé de lui certifier que tout ce que les gens disaient était faux, que je n’étais pas homo et que je traînais juste avec ces gens. Elle m’a demandé aussi d’arrêter de les voir car c’était la cause de tous mes problèmes. J’ai répondu oui pour lui faire plaisir et pour ne pas trop parler. Au fond de moi, je savais bien que les gens avaient raison et que cela ne risquait pas de changer.
Quelque semaines plus tard, les membres de ma famille qui venaient rendre visite à ma grand-mère et qui me voyaient chez elle lui demandaient pourquoi elle m’hébergeait. Quand ils passaient, ils m’insultaient et me regardaient bizarrement. Je n’ai pas pu le supporter. J’ai pris mes bagages et je suis parti chez l’ami de Papis pour quelques jours le temps de trouver une solution. En fait je n’en avais pas car je n’avais plus de famille, j’avais arrêté mes études, et j’étais souvent victime d’attaques dans la rue par des gens qui me connaissaient et qui avaient appris que j’étais “devenu” homosexuel.
Je suis resté chez l’ami de Papis jusqu’à avril 2011. Puis, jusqu’à octobre 2011, j’ai dormi chez deux autres connaissances, des amis d’enfance qui n’étaient pas au courant de mon histoire même si l’un d’eux en avait eu des échos. J’ai tout fait pour qu’il n’y croit pas afin de ne pas me retrouver à la rue.
Un soir, alors que j’allais chez l’ami de Papis, des personnes que je n’avais jamais vues auparavant m’ont intercepté et m’ont demandé si c’était bien moi “Moumous l’handicapé homo ?”. Je n’ai pas répondu mais ils m’ont arrêté et insulté en disant : “Sale handicapé, c’est à toi qu’on parle !”. Ils ont commencé à me battre. Ils ont arraché ma prothèse et l’ont jetée dans un égout. Ils ont continué à me frapper puis m’ont tranché une partie de la gorge avec un couteau. Ils m’ont donné beaucoup de coups avant de s’enfuir. Ils m’ont traité d’homo et d’handicapé en disant que je méritais tout ce qu’ils étaient en train de me faire, que je n’avais pas de place dans la société, etc. C’est une vieille dame qui m’a aperçu et qui m’a emmené avec sa voiture chez l’ami de Papis. Celui-ci l’a remerciée et m’a conduit à l’hôpital pour me faire soigner.

Partir pour sauver ma vie

Le lendemain, mon ami m’a dit que nous devions aller à la police car l’acte était grave puisqu’’on avait tenté de me tuer. Je ne voulais pas y aller mais il m’a persuadé. A notre arrivée au poste de police, l’agent m’a demandé ce qu’il s’était passé. Je lui ai raconté et il m’a demandé pourquoi selon moi ces gens étaient venus me voir si je prétendais ne pas les connaître. J’ai dû lui dire que c’était parce que j’étais homo. Il a eu un petit sourire et a dit : "Tu n’as qu’à ne pas être homo". Alors nous sommes partis. Mais on a eu peur de se faire poursuivre en justice car l’homosexualité, interdite au Sénégal, est passible d’une peine d’emprisonnement.

Rentré chez mon ami, celui-ci m’a parlé d’une personne qui aidait les gens à quitter le pays en cas de problèmes. Pour le rencontrer, il fallait que je me rende en Gambie. C’est ce que j’ai fait une fois guéri. J’ai expliqué à cet homme que ma vie était de plus en plus en danger et que je ne pouvais même plus sortir librement à Dakar. Il m’a demandé de retourner chez moi et de préparer une somme d’argent et trois photos d’identité. Quand il viendrait à Dakar, il me contacterait. Quelques semaines plus tard, il m’a effectivement donné rendez-vous. Je lui ai remis les trois photos et 250 000 francs CFA que j’avais réussi à obtenir en vendant mon ordinateur portable. Il m’a dit que ce n’était pas suffisant pour l’argent et qu’on en reparlerait une fois qu’il se serait occupé de mon dossier et organisé mon voyage.

Deux semaines après, il m’a recontacté pour me dire que tout était prêt et qu’on allait bientôt partir en France. Le jeudi 27 octobre 2011, j’ai préparé mon sac avec quelques affaires et je suis parti le rejoindre à l’aéroport Leopold Sédar Senghor pour prendre un vol de Brussels Airlines à 22 h 35.
Au contrôle, il m’a dit de le présenter comme mon tuteur ou mon accompagnant puisque j’étais handicapé. A chaque fois que je devais présenter mes papiers, il les sortait de sa sacoche, me les donnait et les reprenait ensuite pour les ranger.

Après quelques heures de vol, il m’a dit : “Bientôt en Europe, tu es content ?". Et d’ajouter : “Maintenant le travail va commencer pour toi car tu sais bien que tu n’as pas versé tout l’argent que tu me devais. Une fois arrivé en France, le temps que je m’occupe de ton permis de séjour, tu vas travailler dans une maison où des vieux et des homo comme toi viendront pour avoir des relations avec toi. Chaque personne te donnera 150 euros. Tu me donneras 50 euros et les 100 euros restants seront pour toi jusqu’à que tu me payes tout ce que tu me dois pour le voyage”. Il fallait que je lui donne 2 millions de francs CFA.

J’ai été très surpris car on n’avait jamais parlé de cela auparavant. Je me suis levé et je suis allé m’enfermer un moment dans les toilettes de l’avion. Je paniquais car je venais en France pour sauver ma vie et non pour exploiter ou vendre mon corps.

Arrivé à Bruxelles à 5 h 25, on a pris aussitôt un train qui nous a amenés dans une gare. Par la suite j’ai su que c’était la gare du Nord.

L’homme m’a demandé de l’attendre le temps d’aller chercher une voiture. Quand il est parti, je me suis enfui. J’ai pris un escalator pour aller me cacher. Le lendemain matin je suis sorti de ma cachette pour retourner là où j’avais laissé l’homme. Il n’était plus là. Un arabe qui m’a vu avec mes béquilles et mon sac lourd m’a aidé. Il m’a demandé si je venais d’arriver. Je lui ai dit oui et que je ne connaissais personne ici, que j’étais perdu. J’ai commencé à pleurer. C’est lui qui m’a amené dans un bureau pas loin de l’endroit où il m’a trouvé et c’est là que j’ai fait une déposition. Après on m’a amené dans ce centre d’hébergement.

Mouhamadou Moustapha

«La dépénalisation des pratiques LGBT est incontestablement un enjeu»

06/07/12 - Pour le Dr. Steave Nemandé, directeur d’Evolve au Cameroun, la lutte contre le sida en Afrique ne pourra pas avancer sans dépénalisation des pratiques homosexuelles. une interview réalisée à l'occasion de l'ICASA 2011 par les équipes de Solthis.

Cet article a été publié dans le Transcriptases n°148, consacré à la 16e ICASA 2011.

Comment est structurée la mobilisation sur le thème VIH et Homosexualité au niveau Africain ?
La mobilisation sur le thème VIH et homosexualité n'est pas structurée de façon unique ; elle s'est même développée de manière très hétéroclite dans différentes régions. Elle est vieille d'une vingtaine d'années en Afrique du Sud et au Zimbabwe, pays où GALZ (Gays and Lesbians of Zimbabwe) a commencé très tôt des actions de sensibilisation. Elle est plus récente en Afrique de l'Ouest et portée majoritairement par les associations de lutte contre le VIH. Dans certains pays comme le Sénégal, les chercheurs furent les premiers à se pencher sur la question et susciter une réponse institutionnelle. De plus en plus de pays considèrent aujourd'hui les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH) comme étant hautement vulnérables au VIH. Par conséquent, la contribution des gouvernements devient cruciale.

Mais les homosexuels ne sont pas seulement des cibles des programmes VIH : Ils sont nombreux à être organisés en associations et à revendiquer activement les droits des personnes LGBTI (lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres et intersexuées). Certains ont révélé leur homosexualité (Cameroun, Ouganda, Nigeria, Afrique du Sud, etc.) ou leur statut sérologique (Namibie, Nigeria, Côte d'Ivoire) afin de rompre avec le déni et apporter de la visibilité à la question, ce qui a contraint quelques-uns à quitter leur pays pour préserver leur sécurité. D'autres proposent des services à leurs communautés notamment dans les centres communautaires qui fleurissent aujourd'hui au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Kenya, au Maroc, en Afrique du Sud. Mais très peu encore participent aux prises de décision au niveau institutionnel, c'est le cas au Cameroun, au Sénégal, en Namibie ou des HSH sont membres des instances nationales de coordination (CCM en anglais, Country Coordinating Mechanism).

Quelques réseaux existent aujourd'hui au niveau sous-régional à l'exemple d'Afyaminorités qui regroupe des associations d'Afrique de l'Est et d'Africagay initié par l'association Aides (France) en Afrique de l'Ouest et Centrale. L'Amsher est une coalition régionale de 15 associations dirigées par des homosexuels issues de 13 pays africains. Elle œuvre pour la promotion des droits des personnes LGBT, l'amélioration de l'accès aux services liés au VIH, et l'augmentation des financements au bénéfice des associations dirigées par des homosexuels.

Quels sont les principaux enjeux?
Le manque d'évidence sur cette problématique est aujourd'hui l'un des principaux enjeux de la lutte contre le VIH puisque très peu de données sont disponibles sur la prévalence du VIH parmi les HSH dans nos pays. Du coup, les acteurs locaux manquent d'arguments dans leur plaidoyer pour la prise en compte des HSH par les programmes nationaux. Le besoin en initiatives de recherche pluridisciplinaire est très élevé, à la fois pour nourrir le plaidoyer et pour proposer des prestations de qualité.
Nous avons besoin de plus de financements pour les programmes ciblant les HSH et d'une plus forte représentativité des associations d'HSH dans les mécanismes de contrôle. Le scandale autour du détournement de fonds alloués à ces programmes en Guyane est un exemple suffisant pour exiger que ces financements soient gérés directement par les associations ou fédérations identitaires qui en ont les capacités.
Il est donc très important de renforcer les capacités de ces associations à se structurer, à gérer et développer des activités adaptées. Au-delà d'une assistance technique, ce soutien passe par l'aide au financement des dépenses de fonctionnement et la formation du personnel associatif.
Sur un continent où une soixantaine de pays pénalisent les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, la dépénalisation de ces pratiques est de manière incontestable un enjeu majeur. Ce d'autant plus, que le bénéfice de l'abrogation de lois punitives sur l'évolution de l'épidémie est aujourd'hui démontré. Les associations de défense des droits des personnes LGBT le martèlent depuis quelques années, elle est officiellement reconnue et recommandée par l'Onusida et le Fonds Mondial... Mais les pressions exercées n'ont pas apporté de résultats, en cause notamment, la rigidité des autorités et l'hostilité des contextes. La lutte contre la stigmatisation et la discrimination apparaît donc comme une stratégie dont il faudra savoir user pour faire évoluer les mentalités. On a certainement beaucoup à apprendre en la matière des personnes vivant avec le VIH.
Plus particulièrement, quelle est l'histoire de la mobilisation autour de du VIH et de l'homosexualité et Quels sont les enjeux actuels de la lutte contre le SIDA au Cameroun ?
La mobilisation autour de cette question est d'abord communautaire. Elle intervient en 2006 dans un contexte où la question de l'homosexualité fait pour la première fois l'objet d'un débat public au Cameroun. Ce mouvement est notamment dû à la publicité dont aura bénéficié l'arrestation dans un bar de la ville de Yaoundé de trente-deux citoyens camerounais (dont neuf seront condamnés par la suite pour homosexualité) et au scandale causé ensuite par la publication dans certains journaux d'une liste dite « Top 50 » de personnalités camerounaises présumées homosexuelles.
Une catégorie de personnes qui ne se reconnaissaient pas dans les propos homophobes et lesbophobes des débats télévisés ni dans les amalgames véhiculés par la presse s'est mobilisée pour faire valoir les droits des personnes homosexuelles, notamment en ce qui concerne l'accès aux soins. Les premières actions de sensibilisation ont eu lieu dans des établissements fréquentés par les gays et lesbiennes des villes de Douala et Yaoundé. Ces actions seront renforcées et structurées grâce au soutien des associations partenaires en France et aux Etats-Unis et de l'Onusida Cameroun. Aujourd'hui, un centre de santé propose des prestations adaptées aux besoins de ces personnes dans les villes de Douala (le Centre Access d'Alternatives-Cameroun) et Yaoundé (le centre de la Camnafaw).
Cette réponse communautaire a servi de modèle dans l'élaboration du volet HSH (ou MSM ; men who have sex with men) de la proposition soumise par le Cameroun au Fonds Mondial au round 9. Des conventions viennent d'être signées entre le Fonds Mondial et les principaux récipiendaires que sont l'association Camnafaw et le Ministère de la Santé publique du Cameroun pour financer des actions au bénéfice des HSH et assurer un passage à l'échelle.
Les enjeux de la lutte contre le Sida au Cameroun sont essentiellement ceux de la pérennisation des efforts menés jusqu'à présent. Les financements reçus du Fonds Mondial ne suffiront pas pour atteindre les résultats attendus de la Stratégie Sectorielle de la Santé, y compris en ce qui concerne le VIH. Il est donc urgent de trouver plus de fonds en augmentant, par exemple, la part du budget national alloué au Ministère de la Santé Publique. Celle-ci représentait 5,2 % du PIB en 20051 ce qui demeure largement en dessous des 15 % préconisés par les chefs d'Etat africains à Abuja2 en 2000 et des 10 % recommandés par l'OMS. Il est urgent de trouver des moyens innovants pour financer la santé, d'associer le secteur privé, mais il est davantage important d'exécuter le budget alloué à la santé en dépassant le taux de 65,6 % déclaré en 2006.
Par ailleurs, il est crucial de reprendre les actions de sensibilisation, suspendues depuis quelques années, qui avaient pourtant donné de bons résultats en matière de prévention et de dépistage précoce. Parce que, malgré la stabilisation de l'épidémie, l'incidence reste importante avec 4513 nouvelles infections à VIH par jour au Cameroun. Parce que les praticiens assistent à une réémergence de cas de SIDA à cause du dépistage tardif.
Y a-t-il une différence entre l'Afrique anglophone/ Afrique francophone en terme d'enjeux et de mobilisation?
Les enjeux sont de manière globale les mêmes dans toutes les régions d'Afrique puisque les contextes sont similaires. Nous avons hérité des mêmes lois répressives des anciennes puissances coloniales, nous vivons dans des environnements sociopolitiques et économiques presque identiques, et nous faisons face aux mêmes challenges dans notre travail.
Cependant des différences existent : la mobilisation est plus ancienne dans les pays anglophones ; les associations y sont souvent mieux structurées, plus impliquées dans la vie politique de leurs pays, souvent organisées en coalitions aussi bien au niveau national que sous-régional. Ce qui est par ailleurs remarquable chez nos collègues anglophones c'est leur fierté, leur ambition, leur confiance en la réussite et leur combativité, parfois même alors qu'ils vivent dans la précarité. Ils revendiquent leurs places et savent exactement quelles sont celles de leurs partenaires. Je pense que là résident les vraies différences : dans les mentalités. Beaucoup de militants francophones expriment encore le besoin de devoir se justifier de leurs actes, démontrer qu'ils sont réellement engagés dans ce qu'ils font, et laissent croire que leurs avenirs dépendent de leurs partenaires ; des sentiments que certaines associations véreuses du Nord comme du Sud ne manquent pas d'exploiter pour instaurer une relation de subordination. Il est temps que la fierté et l'ambition prennent une connotation positive et que les relations d'aide cèdent la place à de veritables partenariats. si l'on veut voir émerger un véritable leadership LGBTI dans nos pays.
Quels sont les principaux projets en cours et les thèmes de recherches discutés actuellement, notamment parmi ceux présentés à Addis?
Parmi les présentations qui auront attiré mon attention, je citerai celle de Morenike Ukpong, faite au cours de la réunion stratégique organisée par l'Irma (International Rectal Microbicide Advocates) sur le sexe anal. On apprend de cette présentation que de nombreuses études sont conduites sur la question en Afrique et que celles-ci révèlent des pratiques anales fréquentes chez des personnes hétérosexuelles. A l'exemple de celle menée par Kalichman et al auprès de 2 593 hommes et 1 818 femmes de la ville de Cape Town dont les résultats révèlent que 14 % des hommes et 10 % des femmes ont eu des pratiques anales au cours des 3 mois précédant l'enquête. Parmi eux, seulement 67 % des hommes et 50 % des femmes avaient utilisé des préservatifs. Cette fréquence de rapports sexuels anaux est encore plus élevée chez les travailleuses de sexe (40 %) et les chauffeurs routiers (42 %) selon Schwandt et al. La pénétration anale est souvent pratiquée par des personnes hétérosexuelles pour préserver la virginité, éviter les grossesses indésirables, voire le VIH. Elle nécessite donc d'être abordée dans les programmes d'éducation sexuelle et les campagnes de sensibilisation contre le VIH ; Ce serait une bonne nouvelle pour la déstigmatisation de ces pratiques souvent associées aux homosexuels et une raison de plus pour développer la recherche sur les microbicides anaux.
L'Irma développe un projet : le projet ARM - Africa for Rectal Microbicides qui vise à développer la recherche sur les microbicides anaux en Afrique. Un autre projet en cours est celui de la Johns Hopkings Bloomberg School of Public Health qui envisage d'effectuer quelques études en Afrique de l'Ouest et Centrale sur la thématique VIH et HSH.
En quoi cette conférence a-t-elle apporté quelque chose?
L'Amsher a surtout rencontré d'importantes difficultés dans l'organisation d'une formation et d'une préconférence MSM en prélude à cette conférence, notamment les annulations successives de deux hôtels, de la réservation payée de la salle de conférence. Par ailleurs, des articles homophobes sont parus dans la presse locale, les autorités religieuses éthiopiennes ont protesté à de nombreuses reprises, les douanes ont retenu du matériel d'Amsher. Que peuvent apporter ce type de conférences si l'on ne peut discuter librement de tous les sujets liés au VIH sinon la certitude qu'elles sont de plus en plus politisées au Sud alors même que l'engagement des hommes politiques traîne encore la patte?
  1. 1. WHO, National accounts series (1996-2005)
  2. 2. Déclaration d'Abuja sur le VIH/SIDA, la tuberculose et autres maladies infectieuses connexes. OUA. 2001
  3. 3. Déclaration d'Abuja sur le VIH/SIDA, la tuberculose et autres maladies infectieuses connexes. OUA. 2001

Vih/Sida: Une journée nationale pour se faire dépister

Malgré les efforts fournis, le nombre total de tests de dépistage effectués annuellement reste en deçà des besoins alors que, selon les estimations de l'ALCS, 25.000 personnes seraient porteuses du virus sans le savoir. Ce samedi, de 10 à 20h, les sections et les centres de dépistage de l’ALCS seront ouverts au grand public pour la promotion du dépistage du VIH et sa prévention.

L'Association de lutte contre le Sida (ALCS) organise ce samedi 14 mai, la 5ème édition de la Journée nationale de dépistage du VIH. A travers ce rendez-vous annuel, l'association vise la promotion du dépistage du VIH, conformément aux recommandations du plan stratégique national de lutte contre le Sida et de l'Organisation mondiale de la Santé.

Selon un communiqué de l'ALCS parvenu à notre rédaction, “malgré les efforts fournis, le nombre total de tests de dépistage effectués annuellement, reste en deçà des besoins”.

“Le nombre de tests réalisés par l’ALCS en 2010 s’élève à 37.092 tests, ce qui représente 80% des tests réalisés au Maroc, alors que pour diagnostiquer les 25.000 personnes qui portent le virus et qui l’ignorent, nous devrions en réaliser 1.000.000 par an.”

Extrait du communiqué de l'ALCS

Pourtant, le dépistage reste à ce jour le “seul moyen de casser la chaîne de transmission de l’infection au VIH”. Ainsi, ce samedi de 10h à 20h, les sections et les centres de dépistage de l’ALCS seront ouverts au grand public pour la promotion du dépistage du VIH et sa prévention.
Les sites de dépistage connaîtront une augmentation par rapport à l’année dernière avec un total de 85 sites, répartis sur plus de 55 villes et villages du Royaume. Quelque 400 volontaires et 90 médecins bénévoles seront mobilisés, et le ministère de la Santé fournira les réactifs (bandelettes) pour effectuer les tests de dépistage.

Avec près de 26.000 séropositifs dont 3.652 cas effectivement diagnostiqués et reconnus, le Maroc arrive à un tournant de l'épidémie avec une forte concentration régionale et une concentration parmi les groupes vulnérables. En effet, les associations s'inquiètent particulièrement du fait que le virus soit actuellement concentré dans certains groupes dits vulnérables, surtout parmi les professionnels du sexe dans la région du Souss-Massa Drâa.

Dans le nord du Royaume, vers Nador et Tétouan, ce sont surtout les usagers de drogues qui sont le plus exposés. Ces deux régions concentrent à elles seules près de la moitié du total des personnes vivant avec le VIH diagnostiqué.

Source: aufait
Dernière mise à jour :

Communiqué de Kifkif sur l'article du journal Attajdid

La science nous dit que ce pas la promiscuité, la sexualité précoce ou la conduite homosexuelle celles qui transmettent le VIH, mais les relations sexuelles sans agent de conservation.
Assurer que le préservatif « n'est pas sûr » face au VIH/sida il est une façon de promouvoir l'extension de la pandémie du SIDA. Depuis Kifkif nous voulons dénoncer avec toute rotondité l'article publié dans le journal Attajdid en promouvant la discrimination contre les personnes touchées par le VIH/SIDA que rien a de scientifique au-delà de servir de nous comme cas d'étude psychologique, sociologique et y compris historique de l'homophobie en notre pays.
Depuis Kifkif, nous considérons intolérable que des ' profesionales' du journalisme ils utilisent un journal pour émettre des avis homophobes adressés aux adolescents, d'une idéologie plus propre d'autres époques que du siècle XXI. Criminaliser l'homosexualité, toute la sexualité et essayer de discréditer l'agent de conservation, la méthode de protection plus efficace pour la prévention du VIH, est irresponsable et manque de base scientifique. Les avis reflétés dans cet article sont celles qui ont des conséquences graves pour la santé des jeunes et adolescents pourquoi, regrettablement, l'« amour vrai » ne protège pas contre l'infection du VIH.
Pour Samir Bargachi, président de Kifkif « Ces journalistes en interrogeant l'efficacité du le préservatif, ont mis leur idéologie devant la science et ils se sont situés, seuls, hors d'une praxis journalistique adéquate ». Depuis Kifkif nous exigeons une rectification du journal Attajdid pour que se si les auteurs de l'article ont mis en risque la santé publique et, qu'on épure les responsabilités opportunes.