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Un couple lapidé par des islamistes au Mali


Mis en ligne le 31/07/2012

A Aguelhok, dans le nord du Mali, un couple a été lapidé hier parce qu’il n’était pas marié, et avait deux enfants. Cette ville  est contrôlée par le groupe armé islamiste Ansar Dine, allié d’al-Qaïda au Maghreb islamique dans la région. Elle a été désertée par la grande majorité de ses 3.000 habitants.
 
Ils ont été lapidés parce qu’ils n’étaient pas mariés, et avaient eu deux enfants. Les islamistes sont allés les chercher dans la brousse et les ont ramenés en ville, à Aguelhok, dans le nord du pays. Devant une foule d’environ 200 personnes, l’homme et la femme ont été mis chacun dans un trou puis lapidés.
« Dès les premiers coups, la femme s’est évanouie » ; l’homme, lui, « a crié une fois », racontent des témoins, des élus de la région. Pour la première fois depuis qu’ils contrôlent le nord du Mali, des islamistes ont donc procédé à une lapidation publique jusqu’à ce que mort s’ensuive.

On avait déjà rapporté des coups de fouet pour les buveurs d’alcool, les fumeurs, les couples illégitimes, mais pas de lapidation.

Source

Ces réfugiés sexuels en quête d'une terre d'asile

13/07/2012 - En Afrique, trente-sept pays considèrent toujours l’homosexualité comme un crime. Dans ces Etats, être homosexuels est un calvaire. Parfois mortel.
Pour cette raison, les «persécutions liées à l’identité sexuelle d’un individu sont de plus en plus souvent considérées par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et les législations nationales comme un motif suffisant pour demander l’asile», rapporte Irininews.
Selon la convention de 1951 qui détermine ce statut, est réfugié toute personne craignant pour sa vie en raison de l’«appartenance à un groupe social particulier».
 
De nombreux LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexués) n’ont pas accès au droit d’asile. 
En cause, la méconnaissance de leurs droits, mais aussi le rejet de nombreux pays. 
C’est le cas de Cassim Mustapha, homosexuel tanzanien, dont Irinnews rapporte le témoignage. Blessé à la hache par certains membres de sa communauté, Cassim Mustapha a dû quitter son pays pour demander asile au Malawi. 
Refoulé successivement du Malawi, de la Zambie et du Zimbabwe, ce jeune homosexuel s’est présenté à la frontière sud-africaine. L’Afrique du Sud, dont la Constitution protège les homosexuels, a la réputation de bien accueillir ces «réfugiés sexuels». 
Seulement, quand Cassim Mustapha y argue de sa situation d’homosexuel pour demander l’asile, les agents de l’immigration l’arrêtent. Direction la prison. Avant de le déporter au Zimbabwe. Depuis, son avocat n’a plus de nouvelles de lui. 
Selon une étude publiée par People Against Suffering Oppression and Poverty (PASSOP), l’expérience de M. Mustafa ne serait pas la norme. 
Mais force est de constater que la situation de ces réfugiés se détériore en Afrique du Sud. La plupart, contactés par PASSOP, déclarent avoir été victimes de discrimination. En cause, l’homophobie, mais aussi la xénophobie. 
«Rejetés par la communauté des réfugiés à cause de leur orientation ou de leur identité sexuelle, ils ont généralement aussi été exclus de la communauté gay bien établie du Cap à cause de leur statut d’étranger», affirme Irinnews.
Le site d’information rapporte également le quotidien difficile des réfugiés homosexuels dans les pays qui les considèrent comme criminels. 
En tête de liste, l’Ouganda et le Kenya. Dans ces deux Etats, l’association Human Rights First dénonce les menaces qui planent sur ces personnes. 
«La plupart d’entre eux se protègent (…) en déménageant fréquemment ou en cherchant à cacher leur orientation ou leur identité sexuelle», assure Irinnews.
Seule solution, déménager, encore et toujours, pour trouver refuge dans d’autres pays.  
«Pour l’instant, les réfugiés LGBTI du Kenya et d’Ouganda qui ont eu la possibilité de se réinstaller sont rares», estime M. Breen, chercheur pour Human Rights First.
Et d’espérer, pour conclure, une plus ample prise de conscience de la part du HCR concernant les «réfugiés sexuels». 

Lu sur Irinnews

"Je suis parti pour sauver ma vie"

12/07/2012 - De nombreux homosexuels sénégalais ont été victimes de harcèlement et de violences au cours des dernières années. Certains ont été condamnés à des peines d’emprisonnement. Pour pouvoir vivre leur sexualité sans crainte quotidienne, des homosexuels se sont résolus à quitter le Sénégal à l’image de Mouhamadou Moustapha, 20 ans, qui a accepté que Ligne Azur publie son témoignage.

***

Je m’appelle Mouhamadou Moustapha. Je suis né le 24 mai 1992 à Dakar.

A l’âge de 9 ans, pendant les vacances scolaires, j’ai eu un accident près de chez moi. Un camion-remorque m’a heurté et m’a traîné sur plusieurs mètres. Ma jambe gauche a été broyée et il n’y a pas eu d’autre solution que de m’amputer au-dessus du genou pour me sauver la vie.

Je suis resté 7 mois à l’hôpital de fin juillet 2001 à février 2002. Après avoir reçu ma première prothèse, j’ai pu remarcher et l’année suivante ma mère m’a inscrit dans une école pour personnes handicapées où j’ai continué mes études en classe de CE2.

Plus tard ma famille et moi sommes partis vivre dans la banlieue de Dakar.

Durant l’année 2007, j’ai eu un ami, Papis, qui était un peu plus âgé que moi. J’allais souvent le voir à son domicile quand je finissais mes cours ou que je n’avais pas classe. C’est avec cet ami que j’ai découvert mon homosexualité.

Auparavant je n’avais jamais fréquenté les filles ni eu de petite amie. Je me disais que jamais une fille ne voudrait sortir avec une personne ayant une jambe en moins. Du coup je n’y pensais même pas.
Un jour, je me suis retrouvé dans la chambre de Papis. Il était très affectueux avec moi et très gentil. On parlait, rigolait, jouait, jusqu’au moment où nous nous sommes retrouvés nus en train de jouer avec nos sexes et nous embrasser.

Il m’a expliqué après qu’il ne fallait jamais parler de cela à quiconque.

Moi, je ne trouvais rien de mal à cela. Je ne comprenais pas pourquoi il avait si peur que j’en parle.

Après ce jour, on s’est revus plus souvent. Nous avons eu beaucoup de relations communes et nous nous sommes donnés beaucoup de plaisir. Avec lui, j’ai ressenti mes premiers sentiments. J’ai compris ce que ça faisait quand une personne que vous aimez vous manque ou que vous avez envie d’être près d’elle. Il me disait souvent qu’il me trouvait beau et très intelligent, que je pouvais avoir beaucoup de choses dans la vie avec un peu d’aide. J’ai mieux compris ce qu’était l’homosexualité. Il m’a fait connaitre quelques homosexuels qui venaient lui rendre visite ou que l’on croisait dans les rues de Dakar.

Nous, les homos, nous nous faisons souvent insulter dans la rue, agresser, parfois torturer car le Sénégal n’accepte pas les homosexuels et tout ce qui touche à eux. Certaines personnes disent qu’elles n’emprunteront jamais la même route qu’un homosexuel…

Papis m’a toujours dit de rester le plus discret possible et de ne parler de mon homosexualité à personne.

Un jour alors que nous étions dans la chambre de Papis, une de ses cousines nous a surpris. Elle s’est mise à crier puis est partie en courant. Papis a paniqué. Il a dit que nous étions “dans la merde” si jamais elle parlait à quelqu’un. Après cela je suis rentré chez mes parents. Tout s’est bien passé. Mes parents ne savaient rien.

Mais une semaine après, mon père m’a appelé à mon retour du lycée. Il m’a demandé si je fréquentais toujours notre ancien quartier et si je voyais un certain Papis. J’ai alors compris qu’on lui avait dit des trucs. J’ai eu peur et j’ai répondu non pour ne pas avoir une mauvaise image devant eux.

Malgré mon démenti, il m’a traité de menteur. Même mon grand frère m’a insulté et battu tout en me traitant d’handicapé et d’homosexuel (Lafagn goor djiguene en wolof). Ma mère a eu une discussion avec moi et m’a dit : "Comme si le fait d’être un handicapé ne te suffisait pas, maintenant tu fréquentes des homosexuels".

Deux semaines après j’ai revu Papis. Il est venu me chercher à la fin de mes cours dans mon lycée et on s’est parlé. Je lui ai expliqué le problème. Il m’a dit qu’il savait que sa cousine avait commencé à parler autour d’elle. C’est à cause de cela que mes parents ont été mis au courant. C’est ce qu’il craignait. Alors il m’a dit que nous devions cesser de nous voir pendant un moment pour ne pas avoir de problèmes.

J’ai accepté car depuis le jour où mon père m’a parlé, je n’ai plus été considéré pareil à la maison. Personne ne s’intéressait à moi. Ma mère qui me donnait de l’argent tous les jours pour aller à l’école et manger ne m’en donnait plus que pour le transport. Pour les repas, elle me disait de me débrouiller car elle ne voulait pas nourrir un enfant qui fréquente des homosexuels et qui est considéré comme un des leurs par les gens.

J’ai eu beau nier en disant que les gens mentaient mais personne ne m’écoutait. Au bout de quelques semaines, Papis m’a demandé de venir le retrouver chez un ami. Je l’ai fait car j’avais besoin de le voir et de parler à quelqu’un car je ne me sentais vraiment pas bien.

Mis à la porte de chez mes parents

Papis et moi nous nous sommes retrouvés chez son ami qui est lui aussi homosexuel. Celui-ci m’a demandé comment ça se passait chez moi. Je lui ai dit que ça allait de mal en pis, que je n’étais plus désiré dans ma famille.

Quelques mois plus tard, pendant les fêtes de la fin de l’année 2010, cet ami m’a proposé de participer à une fête qu’il organisait chez lui avec quelques amis homosexuels.

Je suis allé à cette fête et tout s’est bien déroulé. Nous avons passé une bonne soirée. Vers 4 h du matin, j’ai décidé de rentrer chez moi. Un garçon en a profité pour repartir avec moi car il habitait près de l’arrêt de bus où je me rendais pour repartir chez mes parents.

Après avoir marché une centaine de mètres, des gens ont reconnu le garçon et ont commencé à l’insulter puis à s’approcher de nous. Ils nous ont craché dessus et frappé. Moi il m’ont poussé par terre, piétiné et traîné jusqu’à me blesser à la jambe.

Le lendemain de cette histoire, quand je me suis réveillé, mon grand frère m’a dit qu’il ne dormirait plus dans la même chambre que moi. Il a commencé à m’insulter et à me traiter de tous les noms malgré mon handicap. Quand il a essayé de me frapper, j’ai réussi à le mettre par terre. Je le dominais lorsque ma mère s’est interposée. Alors mon père est sorti de sa chambre et m’a demandé de prendre mes affaires et de quitter la maison. Il a dit que je lui faisais honte, que je n’avais qu’à aller vivre avec les homos puisque j’en étais un.

Je n’ai même pas pu prendre tout mes habits. J’en ai juste pris quelques-uns et je suis allé chez ma grand-mère dans la banlieue de Dakar croyant pouvoir y trouver la paix. Ma grand-mère ne m’a jamais maltraité ou fait des reproches au moment où tout le monde m’en faisait. Quand je suis arrivé chez elle, elle m’a demandé de lui certifier que tout ce que les gens disaient était faux, que je n’étais pas homo et que je traînais juste avec ces gens. Elle m’a demandé aussi d’arrêter de les voir car c’était la cause de tous mes problèmes. J’ai répondu oui pour lui faire plaisir et pour ne pas trop parler. Au fond de moi, je savais bien que les gens avaient raison et que cela ne risquait pas de changer.
Quelque semaines plus tard, les membres de ma famille qui venaient rendre visite à ma grand-mère et qui me voyaient chez elle lui demandaient pourquoi elle m’hébergeait. Quand ils passaient, ils m’insultaient et me regardaient bizarrement. Je n’ai pas pu le supporter. J’ai pris mes bagages et je suis parti chez l’ami de Papis pour quelques jours le temps de trouver une solution. En fait je n’en avais pas car je n’avais plus de famille, j’avais arrêté mes études, et j’étais souvent victime d’attaques dans la rue par des gens qui me connaissaient et qui avaient appris que j’étais “devenu” homosexuel.
Je suis resté chez l’ami de Papis jusqu’à avril 2011. Puis, jusqu’à octobre 2011, j’ai dormi chez deux autres connaissances, des amis d’enfance qui n’étaient pas au courant de mon histoire même si l’un d’eux en avait eu des échos. J’ai tout fait pour qu’il n’y croit pas afin de ne pas me retrouver à la rue.
Un soir, alors que j’allais chez l’ami de Papis, des personnes que je n’avais jamais vues auparavant m’ont intercepté et m’ont demandé si c’était bien moi “Moumous l’handicapé homo ?”. Je n’ai pas répondu mais ils m’ont arrêté et insulté en disant : “Sale handicapé, c’est à toi qu’on parle !”. Ils ont commencé à me battre. Ils ont arraché ma prothèse et l’ont jetée dans un égout. Ils ont continué à me frapper puis m’ont tranché une partie de la gorge avec un couteau. Ils m’ont donné beaucoup de coups avant de s’enfuir. Ils m’ont traité d’homo et d’handicapé en disant que je méritais tout ce qu’ils étaient en train de me faire, que je n’avais pas de place dans la société, etc. C’est une vieille dame qui m’a aperçu et qui m’a emmené avec sa voiture chez l’ami de Papis. Celui-ci l’a remerciée et m’a conduit à l’hôpital pour me faire soigner.

Partir pour sauver ma vie

Le lendemain, mon ami m’a dit que nous devions aller à la police car l’acte était grave puisqu’’on avait tenté de me tuer. Je ne voulais pas y aller mais il m’a persuadé. A notre arrivée au poste de police, l’agent m’a demandé ce qu’il s’était passé. Je lui ai raconté et il m’a demandé pourquoi selon moi ces gens étaient venus me voir si je prétendais ne pas les connaître. J’ai dû lui dire que c’était parce que j’étais homo. Il a eu un petit sourire et a dit : "Tu n’as qu’à ne pas être homo". Alors nous sommes partis. Mais on a eu peur de se faire poursuivre en justice car l’homosexualité, interdite au Sénégal, est passible d’une peine d’emprisonnement.

Rentré chez mon ami, celui-ci m’a parlé d’une personne qui aidait les gens à quitter le pays en cas de problèmes. Pour le rencontrer, il fallait que je me rende en Gambie. C’est ce que j’ai fait une fois guéri. J’ai expliqué à cet homme que ma vie était de plus en plus en danger et que je ne pouvais même plus sortir librement à Dakar. Il m’a demandé de retourner chez moi et de préparer une somme d’argent et trois photos d’identité. Quand il viendrait à Dakar, il me contacterait. Quelques semaines plus tard, il m’a effectivement donné rendez-vous. Je lui ai remis les trois photos et 250 000 francs CFA que j’avais réussi à obtenir en vendant mon ordinateur portable. Il m’a dit que ce n’était pas suffisant pour l’argent et qu’on en reparlerait une fois qu’il se serait occupé de mon dossier et organisé mon voyage.

Deux semaines après, il m’a recontacté pour me dire que tout était prêt et qu’on allait bientôt partir en France. Le jeudi 27 octobre 2011, j’ai préparé mon sac avec quelques affaires et je suis parti le rejoindre à l’aéroport Leopold Sédar Senghor pour prendre un vol de Brussels Airlines à 22 h 35.
Au contrôle, il m’a dit de le présenter comme mon tuteur ou mon accompagnant puisque j’étais handicapé. A chaque fois que je devais présenter mes papiers, il les sortait de sa sacoche, me les donnait et les reprenait ensuite pour les ranger.

Après quelques heures de vol, il m’a dit : “Bientôt en Europe, tu es content ?". Et d’ajouter : “Maintenant le travail va commencer pour toi car tu sais bien que tu n’as pas versé tout l’argent que tu me devais. Une fois arrivé en France, le temps que je m’occupe de ton permis de séjour, tu vas travailler dans une maison où des vieux et des homo comme toi viendront pour avoir des relations avec toi. Chaque personne te donnera 150 euros. Tu me donneras 50 euros et les 100 euros restants seront pour toi jusqu’à que tu me payes tout ce que tu me dois pour le voyage”. Il fallait que je lui donne 2 millions de francs CFA.

J’ai été très surpris car on n’avait jamais parlé de cela auparavant. Je me suis levé et je suis allé m’enfermer un moment dans les toilettes de l’avion. Je paniquais car je venais en France pour sauver ma vie et non pour exploiter ou vendre mon corps.

Arrivé à Bruxelles à 5 h 25, on a pris aussitôt un train qui nous a amenés dans une gare. Par la suite j’ai su que c’était la gare du Nord.

L’homme m’a demandé de l’attendre le temps d’aller chercher une voiture. Quand il est parti, je me suis enfui. J’ai pris un escalator pour aller me cacher. Le lendemain matin je suis sorti de ma cachette pour retourner là où j’avais laissé l’homme. Il n’était plus là. Un arabe qui m’a vu avec mes béquilles et mon sac lourd m’a aidé. Il m’a demandé si je venais d’arriver. Je lui ai dit oui et que je ne connaissais personne ici, que j’étais perdu. J’ai commencé à pleurer. C’est lui qui m’a amené dans un bureau pas loin de l’endroit où il m’a trouvé et c’est là que j’ai fait une déposition. Après on m’a amené dans ce centre d’hébergement.

Mouhamadou Moustapha

Afrique : L’homosexualité est criminalisée dans 38 pays du continent

En Ouganda, on brûle d’envie de les envoyer à l’échafaud. Au Malawi, gare à ceux qui osent se ‘marier’. Au Burundi, on les préfère au cachot. Au Zimbabwe, le président Mugabe a refusé, mardi, d’introduire leurs droits dans la nouvelle Constitution, après les avoir traités de ‘porcs’ et de ‘chiens’. Il ne fait décidément pas bon être homosexuel en Afrique. Dans 38 des 53 Etats que compte le continent, les gays sont considérés comme des criminels.

En Afrique du Sud, depuis 2006, la loi autorise les personnes du même sexe à se marier. Mais c’est une exception. Un îlot de tolérance sur un continent où l’homosexualité, souvent sévèrement réprimée, est considérée comme un acte contre-nature, une abomination. Sur l’ensemble des 53 Etats d’Afrique, 38 criminalisent les relations entre personnes du même sexe, constate l’association de lutte contre le Sida. Les peines peuvent aller de six mois à 14 ans d’emprisonnement, selon les pays. Au Soudan, bien que la loi islamique (Charia) en vigueur prévoit de condamner à mort les personnes du même sexe ayant des relations intimes, il n’y a jamais eu d’exécution pour un acte homosexuel. L’Ong Ensemble contre la peine de mort n’en est pas pour autant rassurée. ‘Au Soudan, même s’il n’y a pas d’exécution, il est extrêmement grave que la Charia soit appliquée, car les autres pays où elle est en vigueur et qui exécutent les homos peuvent du jour au lendemain lui donner un prétexte pour condamner et exécuter’, estime son secrétaire général, Frédéric Moreau. 

La stigmatisation des homosexuels en Afrique n’a pas que des conséquences juridiques. Elle constitue aussi un sérieux problème de santé publique, car elle empêche l’élaboration de programmes adaptés de prévention et de soin contre le Sida, déplorent de nombreuses associations de lutte contre le Vih. Des études ont pourtant fait état d’un fort taux de prévalence de la maladie chez les hommes pratiquant l’homosexualité par rapport à la population masculine globale. ‘Mais la stigmatisation dont ils font l’objet les coupe de l’accès aux programmes de prévention’, souligne une étude réalisée par des chercheurs de l’Université d’Oxford sur les risques d’infection par le virus du Sida chez la population masculine d’Afrique sub-saharienne, entre 1984 et 2004. 

Selon l’Ong Sidaction, en Egypte, un homosexuel homme a 108 fois plus de risques d’être infecté qu’un homme hétérosexuel. Au Sénégal, les homosexuels présentent un taux de prévalence au Vih de plus de 21 %, contre moins de 1 % pour la population générale au Sénégal. La condamnation à Dakar le 6 janvier 2009 de neuf hommes engagés dans des actions de lutte contre le Hiv à huit ans de prison, pour ‘actes indécents et contre nature’ et ‘formation d’association de criminels’, avait montré à quel point la répression des gays faisait du tort aux efforts de prévention contre le Sida. ‘Ces accusations ont un effet dissuasif sur les programmes concernant le Sida’, avait estimé Scott Long, directeur du programme sur les droits des lesbiennes, gays, bi et transsexuels (Lgbt) à Human Rights Watch. ‘Les travailleurs sociaux et les personnes à la recherche de prévention ou de traitement du Hiv ne devraient pas avoir à s’inquiéter de persécutions policières’, avait-il estimé, plaidant pour l’ ‘abrogation de la loi contre la sodomie’. Trois mois après leur condamnation, les neuf gays sénégalais avaient recouvré leur liberté, en raison d’irrégularités ayant entaché la procédure. 

Au Malawi, petit Etat d’Afrique australe, un couple d’homosexuels ‘mariés’ n’a pas eu cette chance. Arrêtés fin décembre 2009 pour avoir organisé une cérémonie symbolique de ‘mariage’, Tiwonge Chimbalanga, 20 ans, et Steven Monjeza, 26 ans, encourent jusqu’à 14 ans de prison s’ils sont reconnus coupables d’ ‘attentat à la pudeur’. Le gouvernement du Malawi, dont 40 % du budget provient des donateurs internationaux, a prévenu qu’il ne céderait pas aux pressions internationales pour les libérer. Le couple attend le verdict en prison. 

Plus radical, l’Ouganda détient probablement la palme du pays le plus homophobe d’Afrique. En octobre dernier 2009, le Parlement rédigeait une proposition de loi prévoyant la peine de mort pour certains actes homosexuels, mais aussi des peines de prison ferme pour ceux qui s’entêteraient à ne pas dénoncer des actes homosexuels. Deux mois plus tard, le gouvernement a finalement envisagé de faire marche-arrière face à une forte mobilisation internationale. Le ministre de l’Ethique et de l’intégrité ougandais, James Nsaba Buturo, a en effet affirmé, le 10 décembre 2009, que son pays ‘abandonnera la peine de mort et l’emprisonnement à vie pour les gays dans une version redéfinie de [sa] loi’. 

Union sacrée contre les homos au Zimbabwe
Entre l’inamovible président zimbabwéen, Robert Mugabe, et son Premier ministre Morgan Tsvangirai, il y a de nombreux points de désaccords sur les questions relatives aux droits de l’homme. Pourtant les deux hommes ont parlé d’une même voix pour rejeter une initiative visant à introduire les droits des homosexuels dans la nouvelle Constitution actuellement en préparation. ‘Je ne suis pas d’accord avec les droits pour les homosexuels. Pourquoi un homme devrait avoir une relation avec un autre homme quand les femmes représentent 52 % de la population ?’, a déclaré, jeudi 25 mars, le Premier ministre. ‘C’est juste de la folie’, a renchéri le président Mugabe qui avait auparavant dit qu’ils étaient ‘pires que des porcs et des chiens’. 

L’expérience burundaise laisse tout de même entrevoir l’espoir d’un meilleur sort pour les gays africains. Les sénateurs de ce pays d’Afrique de l’Est ont rejeté, en février 2009, un projet de loi criminalisant les relations homosexuelles, voté quelques mois auparavant par l’Assemblée nationale de ce petit pays d’Afrique de l’Est. Human Rights Watch avait lancé des appels à ne pas entériner le texte au Sénat et au président Pierre Nkurunziza. Au Maghreb, où l’influence de l’Islam est importante, les homosexuels ne sont pas mieux lotis. Même s’ils ne font pas l’objet d’acharnement judiciaire comme dans certains pays d’Afrique subsaharienne. Depuis longtemps, aussi bien en Algérie qu’en Tunisie et au Maroc, les homosexuels peuvent être condamnés à des peines allant jusqu’à trois ans de détention. En Libye, ils encourent jusqu’à cinq ans en prison. 

(Afrik.com)