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Journées d'étude: The Trouble of Love in the Arab World

04/12/2012 - Le 14 et 15 décembre, le Laboratoire d'anthropologie culturelle et sociale (Université de Lausanne) organise des journées d'études intitulées: The Trouble of Love in the Arab World. Romance, Marriage and the Shaping of Intimate Lives. 

Organisateurs: Corinne Fortier, Aymon Kreil, Irène Maffi et Samuli Schielke

Extraits du descriptif: Until recently, love has often been too neglected when studying gender dynamics outside Europe and northern America. Especially in regard to the Middle East and North Africa – and by extension, Middle Eastern and/or Muslim migrants outside the region – gender has become a major field of research while love has gained only little attention. This absence is especially striking given the fact that both in present and past times, love, seduction, romance, and courtship have been major preoccupations in the lives of people of all social classes and religious communities and all around the Arab World. Furthermore, all these aspects of life are well documented in poetry, prose, music, and mass media. (...) First of all, how do people experience the tensions between romantic attachment, sexual intimacy, and marital union? What kind of gender relations are involved in seductive and romantic encounters when women and men do not have the same options to express their affection? How do these experiences interact with social and religious norms like gender segregation, kinship and family, and, in many locations, with middle class ideals of individual success in all their diverse possible forms? How do individuals cope with the uncertainties about their desires, and what strategies can they mobilise to deal with their social environment according to their supposed needs through confrontation or/and negotiation?

Télécharger le descriptif complet

Liban: manifestation contre d'humiliants tests d'homosexualité


11/08/2012 - Des dizaines de personnes ont manifesté samedi devant un tribunal de Beyrouth pour protester contre le recours à un "test" anal pour les hommes soupçonnés d'être homosexuels, une orientation sexuelle illégale dans ce petit pays arabe.
Ce rassemblement fait suite à une opération menée le 28 juillet dans un gay d'un quartier populaire de la capitale libanaise, au de laquelle 36 hommes ont été arrêtés et forcés à subir de tels tests, sous prétexte d'établir leur orientation sexuelle.

L'association Helem, basée au Liban, considérée comme la plus importante association arabe de défense des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, avait lancé un appel à manifester pour rejeter "le test de la honte, vaginal ou anal".
Elle exprimait ainsi sa solidarité avec les femmes soumises à de soi-disant "test de virginité".
"Nous voulons une déclaration claire du ministre de la pour dire que ce type de test doit être complètement interdit et puni par la loi", a indiqué un manifestant, George Azzi.
"Le Conseil des médecins a déclaré que ces tests n'avaient aucune valeur scientifique et il est illégal pour les docteurs de mener ce genre de test, mais rien n'empêche la police de continuer à les réclamer", a-t-il souligné.
Les manifestants arboraient des banderoles condamnant notamment "le viol médico-légal". "Honorable ministre, avant de tester mon anus, ayez au moins l'amabilité de m'inviter à dîner", ironisait une pancarte.
Selon l'article 534 du code pénal libanais les relations sexuelles "contre les lois de la nature" sont illégales, et les contrevenants encourent jusqu'à un an de prison.
AFP

Liban: Offensive télévisée contre les gays dans les cinémas pornos


30/07/2012 - Samedi, 36 homosexuels présumés ont été arrêtés au Cinéma Plaza de Beyrouth. L'opération fait suite à une campagne homophobe menée par Joe Maalouf, star d'une chaîne locale. Or ce dernier serait lui-même gay.
Beyrouth a beau être l'une des seules capitales du Moyen-Orient où la vie gay s'exprime de manière relativement paisible, elle n'est pas à l'abri des persécutions policière. Preuve en est le raid qui s'est produit samedi dans l'un des cinémas érotiques les plus populaires – en tant que lieu de drague – auprès des gays libanais. Sur la base d'un reportage de la chaîne MTV Al-Lubnaniya, le site britannique GayStarNews rapporte que 36 personnes ont été arrêtées au Cinéma Plaza. Parmi elles figurerait le propriétaire de cette salle. Les caméras de la chaîne étaient apparemment sur place, dans le quartier chaud de Bourj Hammoud (dans l'est de la ville) au moment de l'opération. 

La salle a été fermée et mise sous scellés – pour la troisième fois, selon le reportage de MTV. La plupart des hommes interpellés, dont on ignore le sort à l'heure actuelle, seraient des «pervers sexuels», un terme utilisé en arabe pour désigner les homosexuels, et certains auraient été pris en flagrant délit. L'association LGBT locale Helem prévoit d'apporter un soutien juridique aux clients arrêtés. 

Caméra cachée

GayStarNews note que cette descente de police médiatisée intervient alors que l'un des programmes les plus populaires de MTV, l'émission «Inta Hurr» (Tu es libre) mène une campagne antigay depuis plusieurs mois. Le 8 mai dernier, elle avait ainsi introduit une caméra cachée dans un autre cinéma porno. C'était dans la deuxième ville du pays, Tripoli. MTV avait diffusé des scènes de rencontres homosexuelles plutôt explicites – et surtout sans dissimuler les visages des clients. Après une protestation de Helem, le programme avait été retiré (et la salle fermée par la police). 

Depuis, le jeune et fringant présentateur de «Inta Hurr», Joe Maalouf, poursuit néanmoins ses diatribes aux accents homophobes, réclamant la fermeture des cinémas porno. Mais l'ironie est que Maalouf serait lui-même homosexuel. C'est en tout cas ce qu'affirme Georges Azzi, fondateur de Helem et actuel dirigeant de la Fondation arabe pour les libertés et l'égalité. Sur Facebook, il a commenté l'affaire en ces termes: «Je ne sais pas ce qui est le plus triste: que Joe Maalouf soit gay (et bien connu par la communauté gay) et qu'il travaille pour une chaîne conservatrice se prenant pour la police de la moralité ou le fait que ce jeune homo dans le placard avec son programme stupide puisse mobiliser la police comme aucun autre mouvement.»

«Jihad anal»: la rumeur qui affole la droite américaine


15/07/2012 -  Un chercheur affirme qu'une fatwa encourage les candidats au martyre à s'introduire des explosifs dans l'anus. Un canular grossier, pourtant accrédité par le magazine gay «The Advocate».

C'est un bien étrange débat qui oppose en ce moment les sites néconservateurs aux forums de gauche américains. Après avoir fabriqué des slips piégés*, les jihadistes sont-ils capables de se fourrer des explosifs dans le derrière, voire de s'initier à la sodomie, afin de commettre des attentats suicides? Cette question stupéfiante a surgi la semaine dernière dans une publication signée de l'Américain Raymond Ibrahim, un chercheur arabisant du Gatestone Institute, un think-tank classé à l'extrême droite. Il commente longuement une vidéo de 2010 trouvée sur YouTube et qui prouve, selon lui, qu'il existe une fatwa autorisant la sodomie à des fins guerrières. Dans la séquence, qui provient de la chaîne Fadak TV, un homme que Ibrahim désigne comme le Sheikh Abu al-Dima al-Qasab, expliquerait que «Si le jihad ne peut être mené qu'à travers la sodomie, alors il n'y a rien de mal à ça». Le chercheur avance que le sheikh aurait «autorisé» le jeune kamikaze Abdullah Hassan al-Asiri à utiliser ce type de ruse lors d'un attentat manqué contre le prince saoudien Muhammad bin Nayif, en août 2009. Selon la version officielle, c'est le téléphone du jeune homme qui avait explosé. 

Sheikh fantaisiste
 
Cette «trouvaille» a été reprise dans plusieurs médias américains, dont le magazine gay «The Advocate». Mais rapidement, d'autres sites ont examiné la vidéo. Electronic Intifada, un site de gauche radical pro-palestinien, soutient que Raymond Ibrahim est tombé dans un canular grossier. Il note que l'homme qui s'exprime dans la séquence n'est pas sheikh Abu al-Dima al-Qasab – un nom fantaisiste signifiant le «boucher sanglant» –, mais Abdallah Al-Khallaf, présentateur d'une émission intitulée «La morale des prophètes, que la paix soit sur eux». L'universitaire américain aurait aussi négligé de vérifier l'origine de la vidéo. En effet, la chaîne Fadak TV, basée au Royaume-Uni, s'adresse aux communautés arabes chiites au Bahreïn, en Arabie saoudite ou en Irak. D'où une certaine insistance du présentateur, note Electronic Intifada, à souligner que le prétendu «jihad anal» est le fait des Wahhabites, une école de pensée sunnite dont se réclament aussi bien les monarchies du Golfe que, sous sa forme radicale, la nébuleuse al-Qaida. 

Entraînement à la sodomie
 
Electronic Intifada affirme que la vidéo cite la source de cette prétendue «fatwa», un post datant de 2009, publié dans la foulée de l'attentat contre bin Nayif, et qui apparaît encore sous différentes versions sur des forums de discussion arabes. Parsemé de «on dit que...» et de «Dieu seul sait...», il raconte que le sheikh aurait prescrit au candidat au suicide: «Accepte de te faire sodomiser pendant un certain temps afin que ton anus soit élargi et puisse accueillir les explosifs». Pour le blog de gauche américain, la manœuvre ressemble davantage à un «hoax» farfelu destiné à «inciter au dégoût contre les wahhabites» qu'à une fatwa. 

Sur Jihad Watch, un site qui promeut des «best-sellers» tels que «Le guide comple du Coran à l'usage des infidèles» ou «La Mosquée de Ground Zero: la deuxième vague d'attaques du 11-Septembre», Raymond Ibrahim maintient sa lecture de la vidéo, affirmant que ses contradicteurs n'ont pas l'ombre d'une preuve que la fatwa lue à l'antenne n'est pas véridique. 

* A Noël 2009, un Nigérian, entraîné au Yémen par al-Qaida, avait tenté de faire exploser son slip à bord d'un vol Amsterdam-Detroit.

 


Source: GayStarNews.

Gogo-boys abandonnés en pleine révolution tunisienne


13/07/2012 - Décidément, les croisières gay sont une source inépuisable d'amusement! Le site GayPornGossip (repris par Queerty) nous apprend aujourd'hui que l'inénarrable croisiériste américain RSVP est poursuivi par les studios pornos Bel Ami devant la justice californienne. En cause: une croisière gay de l'été 2011 où onze jeunes «modèles» (comprenez acteurs pornos) originaires de Hongrie, Slovaquie et République tchèque auraient été engagés pour exhiber leur plastique de rêve au milieu des touristes.

«Humiliés et affamés»
 
RSVP devait pouvoir se servir de ces présences avantageuses pour des photos de promo, ainsi que pour assurer l'ambiance à bord – ce qui, soit dit en passant, laisse songeur sur les qualités physiques du client lambda adepte de ce type de séjour. La condition expresse était que les boys restent discrets sur le fait qu'ils étaient des figurants. Mais la rumeur se serait vite propagée parmi les convives. Aussi les organisateurs auraient-ils décidé de débarquer les apollons... sur les côtes tunisiennes. Or le pays était alors en pleines convulsions, peu de temps après le printemps arabe. Les malheureux, «humiliés et affamés», auraient passé une nuit d'angoisse à Tunis, sans contacts ni ressources, alors même que le paquebot «Nieuw Amsterdam» était à un jour de route de l'Italie... Les studios se seraient finalement débrouillés pour ramener les onze garçons chez eux. Bel Ami réclame à présent des dommages et intérêts pour rupture de contrat, fraude et négligence, ainsi pour avoir intentionnellement placé les jeunes hommes en situation de détresse émotionnelle. 

Détail piquant, c'est le même bateau et le même tour-opérateur qui ont défrayé la chronique au début du mois, avec une croisière gay ratée vers le Maroc. La mal nommée «Exotic Mediterranean Cruise», avec 2100 gays à bord, avait fait demi-tour au large de Casablanca, après des remous dans la presse du royaume chérifien, il est vrai gouverné par les islamistes.

"Je suis parti pour sauver ma vie"

12/07/2012 - De nombreux homosexuels sénégalais ont été victimes de harcèlement et de violences au cours des dernières années. Certains ont été condamnés à des peines d’emprisonnement. Pour pouvoir vivre leur sexualité sans crainte quotidienne, des homosexuels se sont résolus à quitter le Sénégal à l’image de Mouhamadou Moustapha, 20 ans, qui a accepté que Ligne Azur publie son témoignage.

***

Je m’appelle Mouhamadou Moustapha. Je suis né le 24 mai 1992 à Dakar.

A l’âge de 9 ans, pendant les vacances scolaires, j’ai eu un accident près de chez moi. Un camion-remorque m’a heurté et m’a traîné sur plusieurs mètres. Ma jambe gauche a été broyée et il n’y a pas eu d’autre solution que de m’amputer au-dessus du genou pour me sauver la vie.

Je suis resté 7 mois à l’hôpital de fin juillet 2001 à février 2002. Après avoir reçu ma première prothèse, j’ai pu remarcher et l’année suivante ma mère m’a inscrit dans une école pour personnes handicapées où j’ai continué mes études en classe de CE2.

Plus tard ma famille et moi sommes partis vivre dans la banlieue de Dakar.

Durant l’année 2007, j’ai eu un ami, Papis, qui était un peu plus âgé que moi. J’allais souvent le voir à son domicile quand je finissais mes cours ou que je n’avais pas classe. C’est avec cet ami que j’ai découvert mon homosexualité.

Auparavant je n’avais jamais fréquenté les filles ni eu de petite amie. Je me disais que jamais une fille ne voudrait sortir avec une personne ayant une jambe en moins. Du coup je n’y pensais même pas.
Un jour, je me suis retrouvé dans la chambre de Papis. Il était très affectueux avec moi et très gentil. On parlait, rigolait, jouait, jusqu’au moment où nous nous sommes retrouvés nus en train de jouer avec nos sexes et nous embrasser.

Il m’a expliqué après qu’il ne fallait jamais parler de cela à quiconque.

Moi, je ne trouvais rien de mal à cela. Je ne comprenais pas pourquoi il avait si peur que j’en parle.

Après ce jour, on s’est revus plus souvent. Nous avons eu beaucoup de relations communes et nous nous sommes donnés beaucoup de plaisir. Avec lui, j’ai ressenti mes premiers sentiments. J’ai compris ce que ça faisait quand une personne que vous aimez vous manque ou que vous avez envie d’être près d’elle. Il me disait souvent qu’il me trouvait beau et très intelligent, que je pouvais avoir beaucoup de choses dans la vie avec un peu d’aide. J’ai mieux compris ce qu’était l’homosexualité. Il m’a fait connaitre quelques homosexuels qui venaient lui rendre visite ou que l’on croisait dans les rues de Dakar.

Nous, les homos, nous nous faisons souvent insulter dans la rue, agresser, parfois torturer car le Sénégal n’accepte pas les homosexuels et tout ce qui touche à eux. Certaines personnes disent qu’elles n’emprunteront jamais la même route qu’un homosexuel…

Papis m’a toujours dit de rester le plus discret possible et de ne parler de mon homosexualité à personne.

Un jour alors que nous étions dans la chambre de Papis, une de ses cousines nous a surpris. Elle s’est mise à crier puis est partie en courant. Papis a paniqué. Il a dit que nous étions “dans la merde” si jamais elle parlait à quelqu’un. Après cela je suis rentré chez mes parents. Tout s’est bien passé. Mes parents ne savaient rien.

Mais une semaine après, mon père m’a appelé à mon retour du lycée. Il m’a demandé si je fréquentais toujours notre ancien quartier et si je voyais un certain Papis. J’ai alors compris qu’on lui avait dit des trucs. J’ai eu peur et j’ai répondu non pour ne pas avoir une mauvaise image devant eux.

Malgré mon démenti, il m’a traité de menteur. Même mon grand frère m’a insulté et battu tout en me traitant d’handicapé et d’homosexuel (Lafagn goor djiguene en wolof). Ma mère a eu une discussion avec moi et m’a dit : "Comme si le fait d’être un handicapé ne te suffisait pas, maintenant tu fréquentes des homosexuels".

Deux semaines après j’ai revu Papis. Il est venu me chercher à la fin de mes cours dans mon lycée et on s’est parlé. Je lui ai expliqué le problème. Il m’a dit qu’il savait que sa cousine avait commencé à parler autour d’elle. C’est à cause de cela que mes parents ont été mis au courant. C’est ce qu’il craignait. Alors il m’a dit que nous devions cesser de nous voir pendant un moment pour ne pas avoir de problèmes.

J’ai accepté car depuis le jour où mon père m’a parlé, je n’ai plus été considéré pareil à la maison. Personne ne s’intéressait à moi. Ma mère qui me donnait de l’argent tous les jours pour aller à l’école et manger ne m’en donnait plus que pour le transport. Pour les repas, elle me disait de me débrouiller car elle ne voulait pas nourrir un enfant qui fréquente des homosexuels et qui est considéré comme un des leurs par les gens.

J’ai eu beau nier en disant que les gens mentaient mais personne ne m’écoutait. Au bout de quelques semaines, Papis m’a demandé de venir le retrouver chez un ami. Je l’ai fait car j’avais besoin de le voir et de parler à quelqu’un car je ne me sentais vraiment pas bien.

Mis à la porte de chez mes parents

Papis et moi nous nous sommes retrouvés chez son ami qui est lui aussi homosexuel. Celui-ci m’a demandé comment ça se passait chez moi. Je lui ai dit que ça allait de mal en pis, que je n’étais plus désiré dans ma famille.

Quelques mois plus tard, pendant les fêtes de la fin de l’année 2010, cet ami m’a proposé de participer à une fête qu’il organisait chez lui avec quelques amis homosexuels.

Je suis allé à cette fête et tout s’est bien déroulé. Nous avons passé une bonne soirée. Vers 4 h du matin, j’ai décidé de rentrer chez moi. Un garçon en a profité pour repartir avec moi car il habitait près de l’arrêt de bus où je me rendais pour repartir chez mes parents.

Après avoir marché une centaine de mètres, des gens ont reconnu le garçon et ont commencé à l’insulter puis à s’approcher de nous. Ils nous ont craché dessus et frappé. Moi il m’ont poussé par terre, piétiné et traîné jusqu’à me blesser à la jambe.

Le lendemain de cette histoire, quand je me suis réveillé, mon grand frère m’a dit qu’il ne dormirait plus dans la même chambre que moi. Il a commencé à m’insulter et à me traiter de tous les noms malgré mon handicap. Quand il a essayé de me frapper, j’ai réussi à le mettre par terre. Je le dominais lorsque ma mère s’est interposée. Alors mon père est sorti de sa chambre et m’a demandé de prendre mes affaires et de quitter la maison. Il a dit que je lui faisais honte, que je n’avais qu’à aller vivre avec les homos puisque j’en étais un.

Je n’ai même pas pu prendre tout mes habits. J’en ai juste pris quelques-uns et je suis allé chez ma grand-mère dans la banlieue de Dakar croyant pouvoir y trouver la paix. Ma grand-mère ne m’a jamais maltraité ou fait des reproches au moment où tout le monde m’en faisait. Quand je suis arrivé chez elle, elle m’a demandé de lui certifier que tout ce que les gens disaient était faux, que je n’étais pas homo et que je traînais juste avec ces gens. Elle m’a demandé aussi d’arrêter de les voir car c’était la cause de tous mes problèmes. J’ai répondu oui pour lui faire plaisir et pour ne pas trop parler. Au fond de moi, je savais bien que les gens avaient raison et que cela ne risquait pas de changer.
Quelque semaines plus tard, les membres de ma famille qui venaient rendre visite à ma grand-mère et qui me voyaient chez elle lui demandaient pourquoi elle m’hébergeait. Quand ils passaient, ils m’insultaient et me regardaient bizarrement. Je n’ai pas pu le supporter. J’ai pris mes bagages et je suis parti chez l’ami de Papis pour quelques jours le temps de trouver une solution. En fait je n’en avais pas car je n’avais plus de famille, j’avais arrêté mes études, et j’étais souvent victime d’attaques dans la rue par des gens qui me connaissaient et qui avaient appris que j’étais “devenu” homosexuel.
Je suis resté chez l’ami de Papis jusqu’à avril 2011. Puis, jusqu’à octobre 2011, j’ai dormi chez deux autres connaissances, des amis d’enfance qui n’étaient pas au courant de mon histoire même si l’un d’eux en avait eu des échos. J’ai tout fait pour qu’il n’y croit pas afin de ne pas me retrouver à la rue.
Un soir, alors que j’allais chez l’ami de Papis, des personnes que je n’avais jamais vues auparavant m’ont intercepté et m’ont demandé si c’était bien moi “Moumous l’handicapé homo ?”. Je n’ai pas répondu mais ils m’ont arrêté et insulté en disant : “Sale handicapé, c’est à toi qu’on parle !”. Ils ont commencé à me battre. Ils ont arraché ma prothèse et l’ont jetée dans un égout. Ils ont continué à me frapper puis m’ont tranché une partie de la gorge avec un couteau. Ils m’ont donné beaucoup de coups avant de s’enfuir. Ils m’ont traité d’homo et d’handicapé en disant que je méritais tout ce qu’ils étaient en train de me faire, que je n’avais pas de place dans la société, etc. C’est une vieille dame qui m’a aperçu et qui m’a emmené avec sa voiture chez l’ami de Papis. Celui-ci l’a remerciée et m’a conduit à l’hôpital pour me faire soigner.

Partir pour sauver ma vie

Le lendemain, mon ami m’a dit que nous devions aller à la police car l’acte était grave puisqu’’on avait tenté de me tuer. Je ne voulais pas y aller mais il m’a persuadé. A notre arrivée au poste de police, l’agent m’a demandé ce qu’il s’était passé. Je lui ai raconté et il m’a demandé pourquoi selon moi ces gens étaient venus me voir si je prétendais ne pas les connaître. J’ai dû lui dire que c’était parce que j’étais homo. Il a eu un petit sourire et a dit : "Tu n’as qu’à ne pas être homo". Alors nous sommes partis. Mais on a eu peur de se faire poursuivre en justice car l’homosexualité, interdite au Sénégal, est passible d’une peine d’emprisonnement.

Rentré chez mon ami, celui-ci m’a parlé d’une personne qui aidait les gens à quitter le pays en cas de problèmes. Pour le rencontrer, il fallait que je me rende en Gambie. C’est ce que j’ai fait une fois guéri. J’ai expliqué à cet homme que ma vie était de plus en plus en danger et que je ne pouvais même plus sortir librement à Dakar. Il m’a demandé de retourner chez moi et de préparer une somme d’argent et trois photos d’identité. Quand il viendrait à Dakar, il me contacterait. Quelques semaines plus tard, il m’a effectivement donné rendez-vous. Je lui ai remis les trois photos et 250 000 francs CFA que j’avais réussi à obtenir en vendant mon ordinateur portable. Il m’a dit que ce n’était pas suffisant pour l’argent et qu’on en reparlerait une fois qu’il se serait occupé de mon dossier et organisé mon voyage.

Deux semaines après, il m’a recontacté pour me dire que tout était prêt et qu’on allait bientôt partir en France. Le jeudi 27 octobre 2011, j’ai préparé mon sac avec quelques affaires et je suis parti le rejoindre à l’aéroport Leopold Sédar Senghor pour prendre un vol de Brussels Airlines à 22 h 35.
Au contrôle, il m’a dit de le présenter comme mon tuteur ou mon accompagnant puisque j’étais handicapé. A chaque fois que je devais présenter mes papiers, il les sortait de sa sacoche, me les donnait et les reprenait ensuite pour les ranger.

Après quelques heures de vol, il m’a dit : “Bientôt en Europe, tu es content ?". Et d’ajouter : “Maintenant le travail va commencer pour toi car tu sais bien que tu n’as pas versé tout l’argent que tu me devais. Une fois arrivé en France, le temps que je m’occupe de ton permis de séjour, tu vas travailler dans une maison où des vieux et des homo comme toi viendront pour avoir des relations avec toi. Chaque personne te donnera 150 euros. Tu me donneras 50 euros et les 100 euros restants seront pour toi jusqu’à que tu me payes tout ce que tu me dois pour le voyage”. Il fallait que je lui donne 2 millions de francs CFA.

J’ai été très surpris car on n’avait jamais parlé de cela auparavant. Je me suis levé et je suis allé m’enfermer un moment dans les toilettes de l’avion. Je paniquais car je venais en France pour sauver ma vie et non pour exploiter ou vendre mon corps.

Arrivé à Bruxelles à 5 h 25, on a pris aussitôt un train qui nous a amenés dans une gare. Par la suite j’ai su que c’était la gare du Nord.

L’homme m’a demandé de l’attendre le temps d’aller chercher une voiture. Quand il est parti, je me suis enfui. J’ai pris un escalator pour aller me cacher. Le lendemain matin je suis sorti de ma cachette pour retourner là où j’avais laissé l’homme. Il n’était plus là. Un arabe qui m’a vu avec mes béquilles et mon sac lourd m’a aidé. Il m’a demandé si je venais d’arriver. Je lui ai dit oui et que je ne connaissais personne ici, que j’étais perdu. J’ai commencé à pleurer. C’est lui qui m’a amené dans un bureau pas loin de l’endroit où il m’a trouvé et c’est là que j’ai fait une déposition. Après on m’a amené dans ce centre d’hébergement.

Mouhamadou Moustapha

Résolution pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité


11/07/2012 - La résolution pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité est revenue sur le devant de la scène, depuis que trois militants du Comité Idaho ont entamé une grève de la faim pour protester contre «l'homophobie et l'inaction honteuse du gouvernement français». Mais où en est réellement la résolution? Comment est-elle parvenue jusqu'au Conseil des Droits de l'Homme? Quels sont les enjeux concrets du portage de l'Afrique du Sud? Explications avec Renato Sabbatini, co-secrétaire général de l'Ilga.

ÉTAPES PAR ÉTAPES

En juin 2011, l'adoption de la résolution 17/19 à 23 voix contre 19 et 3 abstentions, représentait un premier pas symbolique. Le Conseil des Droits de l'Homme admettait enfin que la question des discriminations liées à l'identité de genre et à l'orientation sexuelle allait devoir être discutée entre les États membres. Soutenu par 39 pays, le texte avait été proposé par l'Afrique du Sud. En mars dernier, le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a confirmé cette volonté de mettre en avant la lutte contre les LGBTphobies dans les préoccupations du Conseil:

«Pendant trop longtemps, le Conseil a fermé les yeux sur ces violations. Il n'y a ni dignité, ni honneur dans la torture, la persécution et la discrimination. Il est temps pour le Conseil de remplir son devoir de promouvoir et de protéger les droits humains de tous.»

«Ce débat était vraiment une première, rappelle Renato Sabbatini, puisqu'il se faisait en présence d'experts et de militants LGBT.» Un débat qui a remis en lumière les oppositions très vives de certains pays d'Afrique défavorables à cette résolution pour la dépénalisation de l'homosexualité, notamment parce que les gouvernements considèrent que l'homosexualité n'est pas dans la culture africaine, qu'elle est venue des pays occidentaux (lire aussi Onu: les pays africains et arabes s’opposent à tout débat sur les questions d’orientation sexuelle et d’identité de genre).

ET AUJOURD'HUI?

«La résolution est actuellement sous la direction de l'Afrique du Sud, c'est elle qui tient les clefs du processus.» Pour Renato Sabbatini, l'objectif actuel est d'obtenir un nombre de voix plus important qu'au dernier vote. Si l'adoption de la résolution 17/19 était une première étape, la suivante est maintenant d'adopter une résolution réellement contraignante pour les pays qui ne respectent pas les droits fondamentaux des LGBT.

«L'Afrique du Sud est en train de parler aux pays africains et d'entretenir le dialogue sur ces questions, notamment à travers des rencontres bilatérales.»

Le débat se joue donc aussi en dehors des grandes assemblées du Conseil des Droits de l'Homme. «C'est le seul moyen de diviser le bloc de pays africains et de parvenir à les convaincre d'entrer dans le débat sur les questions LGBT» affirme Renato Sabbatini. En effet, les positions des pays de l'Organisation de coopération islamique (OCI) n'ont pas évolué. L'OCI persiste à affirmer que les droits des personnes LGBT sont relatifs aux comportements individuels et non aux droits humains.

UN PROCESSUS COLLECTIF

«Le gouvernement français a compris qu'il n'y a pas d'intérêt à reprendre l'initiative, estime Renato Sabbatini. Aujourd'hui, tout le monde le reconnaît, la France a eu un rôle fondamental en 2008 en portant la Déclaration relative aux droits de l’Homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre.» Pour la première fois, l'Assemblée générale des Nations Unies s'était en effet prononcée contre les violations des droits de l’Homme fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Cette initiative exceptionnelle avait été pilotée par la France et les Pays-Bas avec l'Argentine, le Brésil, le Gabon, le Japon et la Norvège et avait été soutenue par 68 pays. Désormais pour obtenir les résultats escomptés, Renato Sabbatini affirme qu'il faut qu'un processus soit partagé par plusieurs pays.

«Si les lignes ne bougent pas d'ici un an, alors il faudra changer de stratégie, explique-t-il. Mais pour le moment, ce serait une folie de dessaisir l'Afrique du Sud.»

TRAVAILLER AVEC PATIENCE DANS LE MONDE RÉEL

Et si Barack Obama n'est pas réélu en novembre prochain et que la résolution perd le soutien des États-Unis, comme le craint le Comité Idaho? «Ça ne sert à rien! Quelqu'un contre la peine de mort ne peut pas faire une grève de la faim et demander immédiatement un moratoire sur la peine de mort. Ça ne se passe pas comme ça.

«Dans le monde réel, celui où nous vivons, celui où les gays et les lesbiennes subissent des persécutions chaque jour, il faut se mesurer aux États.»

Pour Renato Sabattini, un vrai changement ne se fera qu'avec une résolution adoptée avec une majorité. «Il faut travailler avec patience, plus particulièrement avec les pays qui s'abstiennent sur ces questions. Face aux États africains très homophobes, ils craignent de faire preuve de faiblesse. C'est eux que nous devons convaincre.»

Yagg